28 décembre 2006
Ils sont en route
(...) Dehors venait d'éclater un tintamarre terrible. C'était les Rois Mages. A force de regarder l'étoile qui devait les conduire à Bethléem ils avaient tous un peu le torticolis. Ils étaient partis depuis des mois, et ils avaient juste un quart d'heure de retard à cause d'un de leur chameaux qu'ils venaient de vendre. Ils venaient du bout du monde, avec des turbans, des colliers de perles(...)
(...)Le Ravi :
Viens ici mon pauvre, toi qui n'a pas voulu retrouver tes yeux de peur des vilaines choses de la vie. Celui-là qui est grand et maigre à la peau toute jaunâtre, il s'appelle MELCHIOR. Il tient dans la main une cassolette d'or et de pierres précieuses. De la cassolette monte une fumée qui sent bon, qui sent bon.
L'aveugle : Oui, je connais, c'est de l'encens.
Le Ravi : Le deuxième s'appelle BALTHASAR. Il a les dents blanches comme le sommet du ventoux, et il a les mains rouge comme des pastèques et les joues violettes comme des figues. Il a de grands anneaux aux oreilles, dans les mains, il tient une urne d'argent, et ce qu'il y a dedans je ne le sais pas.
L'aveugle : Si ! il y a de la myrrhe, oui c'est le parfum le plus subtil de l'Arabie.
Le ravi : Que tu es heureux toi l'aveugle, tu sens les odeurs qui n'arrivent pas jusqu'à nous.
Et
le troisième, il a une barbe blanche qui lui descend jusqu'aux pieds.
Il est obligé de rester courbé pour pouvoir tenir dans le cabanon. Il
s'appelle GASPAR.. Il ressemble à mon grand-père, il tient dans ses
mains une grosse malle de cuir. il y a dedans tu le sais peut-être, des
pièces d'or.
L'aveugle : Je les entend glisser l'une sur l'autre comme les gouttes d'eau d'une rivière.
(...) Et voila ! C'est bientôt fini. Chacun a pris la pose, comme chez le photographe, mais c'est pour l'éternité.
La
sainte Vierge et saint Joseph qui regardent dormir le petit Jésus et
qui l'adorent, ils ont la tête penchée sur les épaules et les mains
jointes. Et ça durera jusqu'à la fin du monde.(...)
Yvan Audouard, "La pastorale des Santons de Provence", Le pré aux Clercs, 1986
12 décembre 2006
Pastorale
Ressortir le carton recouvert d’une fine poussière accumulée au fil des mois… ouvrir, et un à un sortir doucement les santons emballés dans leur papier de soie. Petit à petit, ils reprennent "vie" et entament leur procession jusqu’à l’étable...
"Marie : Ses petites
mains sont toutes froides, il a le bout du nez gelé.
L'âne : Attendez
bonne Mère, je vais nous le réchauffer. Ça vous ferez rien de le poser sur la
paille.
Joseph : Hé ! hé !
Attention ! Il est si petit, si petitounet !
L'âne : Ne craignez rien, voyez: je m'allonge à côté de lui et mon collègue aussi. Allez dépêche-toi ! ... Comme ça il sera protégé contre le courant d'air. (...)

Le bœuf : Allez fais
pas l'hypocrite. Dis-le lui à la bonne Mère qu'on y pense aussi à la gloire.
C'est vrai. Jusqu'à présent, il n'y en avait que pour le cheval et le taureau,
mais j'ai l'impression que le bœuf et l'âne il s'en parlera un peu à partir de
maintenant, et qu'on en dira du bien vous ne croyez pas ?"

"Moi, vous ne me connaissez pas encore, je suis le
berger. L'hiver ici, l'été dans les Alpes, toujours seul avec mes brebis et mon
chien. Quand le mistral s'est arrêté j'ai été le premier à entendre le silence.
J'ai l'ouie tellement fine, et le silence ça fait tellement plus de bruit qu'un
chant de grillons. De toutes les musiques j'en ai pas perdu une goutte. Je sais
qu'il se passe quelque chose de pas ordinaire, quelque chose de bien et que
c'est la joie qui nous arrive. Et ça me fait plaisir, parce que moi, qui ne
voit jamais personne, les gens je les aime bien. Et ce petit qui vient de
naître, je sais qu'il veut du bien à tout le monde et je lui dis merci."
"Bonne mère, je vous ai apporté des rascasses pour le petit. Des rascasses presque vivante."
"'D'abord
des dindes, j'en volerai plus. Et celle là, je l'ai volée à Roustide.
Et des dindes il en a à n'en savoir que faire. Tandis que vous
peuchère, vous êtes dans le besoin. Alors j'ai pensé qu'au lieu de la
garder, je ferais mieux de vous la porter."
"Non ! Bonne
Mère ce n'est pas la peine. Ne le dérangez pas je sais que le monde il est beau
puisque c'est Lui qui l'a fait . Je suis sur que le ciel est encore plus beau
puisque c'est là qu'Il habite. Non ! demandez-lui seulement que je n'ai pas
longtemps à attendre, faites que j'ouvre les yeux le jours de ma mort, faites
que je vois quand ça vaudra la peine de voir."
"Il gagnait sa vie à garder les taureaux dans la
palvestre ce qui n'a jamais enrichi personne. Et le dimanche il faisait du
galoubet avec les tambourinaïres de Bethléhem.
Tout ce qu'il possédait au monde, c'était son cheval, son trident, son
tambourin et son galoubet."
Yvan Audouard, "La pastorale des Santons de Provence", Le pré aux Clercs, 1986
J'ai réalisé une première crèche pour une de mes tantes en 1996.
Depuis, j'en ai commencé deux en parallèles pour ma soeur et mes
beaux-parents, que j'alimente chaque année de trois santons. Et cette
année, j'ai enfin commencé la mienne !
Je
me suis "fortement" inspiré de Catherine Baillaud "Petits santons en
pâte à sel" et "Santons en pâte à sel" pour réaliser mes santons.















